[Test] The Last of Us — Elle et lui

The Last of Us sera sans contexte un des derniers grands jeux de la PS3. Sorti quelques jours après l’annonce de la PS4, il fallait bien un titre de Naughty Dog pour clore une console qui a su magnifiquement bien gérer ses exclusivités. Mais voilà, est-ce que The Last of Us mérite vraiment l’avalanche de bonnes notes et de commentaires positifs ?

TLoU - Pittsburg

Vous l’avez sans doute vu, The Last of Us se traîne un joli 95/100 chez Metacritic et s’est retrouvé propulsé à la première place du top 111 sur le site SensCritique. De quoi mettre la pression quand on lance le jeu pour la première fois. Alors de quoi s’agit-il exactement ? The Last of Us est un TPS — un jeu à la troisième personne — qui nous met dans la peau de Joel, un des survivants d’une catastrophe arrivée en 2013 et qui a transformée la majorité de la population en infectés, une sorte de zombie. Les autres humains se battent pour survivre, parfois cannibales, parfois bandits, presque toujours fils de pute.

20 ans après la catastrophe, Joel se retrouve à devoir escorter une adolescente, Ellie, tout au long d’un périple aux multiples rebondissements.

Difficile d’en dire davantage sur l’histoire à part qu’elle démarre péniblement avant de réellement décoller dans la troisième et avant-dernière partie du jeu. Entre temps, The Last of Us aura rendu hommage ou pillé consciencieusement Children of Men et The Road (les livres et les films) en reprenant des scènes et des situations, parfois à l’identique. Si Uncharted s’amusait à parodier Indiana Jones, le ton plus sérieux de The Last of Us rend les emprunts difficilement acceptables… Surtout que certains points de l’histoire sont téléphonés (la révélation finale, par exemple), amoindrissant la qualité d’écriture.

TLoU - Ellie & Joel

Heureusement, il reste le gameplay, non ? Eh bien pas réellement… The Last of Us est un jeu Naughty Dog et peut, dans ses premières heures, faire très fortement penser à Uncharted. Même contrôles, même sensation de flottement assez agréable, même système de cover un peu molle et bizarre mais à laquelle on s’habitue rapidement. La grosse différence réside dans la présence de passages d’infiltration. Techniquement, il est possible de choisir comment attaquer les ennemis : de front, en faisant parler les armes, ou en douce, en faisant parler les nuques brisées et les égorgements. En vérité le jeu laisse rarement le choix… Parfois les munitions sont tout simplement trop peu nombreuses pour nettoyer un niveau, parfois il est obligatoire de tuer tous les ennemis pour accéder à la zone suivante. Le pire réside sans doute dans l’abondance des scripts, qui se déclenchent pour faire bien, pour faire “cinématographique” : il est tout à fait possible de fuir trente ennemis en courant comme un dératé et de s’éviter une partie de cache-cache. Dommage et parfois risible…

Autre différence notable, Joel peut améliorer ses compétences via des médicaments ou des plantes (ne cherchez pas à comprendre) qu’il récupère dans les décors ainsi que trafiquer ses armes pour les rendre plus efficaces, plus rapides, etc. Cet aspect craft est fort sympathique, un poil stratégique et donne au jeu un vague côté survival qui n’est pas désagréable. Le jeu se complexifie assez rapidement avec la présence de pièges, de bombes à fumée et d’autres joyeusetés qui permettent de faire un maximum de dégâts en un minimum de temps. Et si les ennemis humains sont nombreux, les ennemis infectés sont plus du genre à filer la pétoche, avec leurs petits cris et leurs bruits flippants. Rien à redire sur l’ambiance, maîtrisée et impeccable, de bout en bout, des métros inondés aux universités abandonnées.

TLoU - Balade en ville

Malgré ces bonnes idées, on ne peut que regretter deux choses essentielles. Premièrement, The Last of Us comme les trois Uncharted, est trop long et contient trop de combats. L’histoire s’étire sans arrêt. On visite une zone, on aperçoit des covers potentielles, de quoi distraire les ennemis et on sait qu’il va falloir se battre. Encore et encore. On ne tue pas autant de gens que dans un Uncharted bien évidemment mais ils sont trop nombreux, revenant en masse, de plus en plus forts, avec toujours cette hiérarchie de soldat sans armure, soldat avec casque, soldat protégé. Il en va presque de même pour les infectés, certains courent, d’autres sont aveugles et doivent être évités, enfin il existe des gros zombies… On l’a déjà vu dans Uncharted. On l’avait déjà avant dans Resident Evil 5 ou d’autres titres. Rien de bien original et parfois un poil ridicule.

Deuxièmement, The Last of Us propose une infiltration toute molle — certains diront souple, mais il ne reste qu’à vous de juger. Les ennemis ne vous voit pas quand vous êtes à dix mètres, ils font des rondes idiotes, ne semblent pas alertés par la mort brutale du mec avec qui ils parlaient… Bref, ils sont tous plus bêtes les uns que les autres. La palme revient tout particulièrement à Ellie, l’adolescente qui nous suit, qui est totalement invisible aux yeux des ennemis. Alors oui, ces phases d’infiltration sont plus instinctives que rigides et mécaniques ; mais certains trouveront dommage que le jeu s’attache autant à faire vivre son univers et ses personnages pour ensuite rendre le tout faux en nous montrant un soldat qui contourne Ellie sans sourciller. Un passage difficile peut se résoudre comme par magie, un passage simple devenir affreusement dur parce qu’un soldat ne fait plus sa ronde habituelle, comme ça, sans prévenir.

TLoU - Ils arrivent

Au fond, ce dernier point est lié à l’histoire et aux personnages du jeu de Naughty Dog. Comme dans Uncharted, The Last of Us se balade avec de superbes graphismes, des décors sublimes et une technique toujours au poil — le must sur PS3, sans le moindre doute malgré quelques bugs agaçants — mais il s’agit avant tout d’une superbe aventure. Joel et Ellie, les deux protagonistes principaux, sont bien écrits, constants, doublés à la perfection (voix disponibles en anglais ET en français). Même si la jeune fille se répète très vite (“Fuck! Shit! Jesus!” en boucle), sa relation avec Joel est parfois poignante, souvent réussie. Bien sûr, passer après le jeu The Walking Dead est difficile mais The Last of Us arrive à se démarquer sans problème.

On retrouve le savoir-faire de Naughty Dog pour créer des personnages et des situations intéressantes surtout que Joel dévoile petit à petit sa face sombre, notamment dans les dernières heures, réellement passionnantes. Oui, le début est un poil ennuyeux, sans doute parce qu’il joue plus sur “il faut avancer à tout prix” que sur “pourquoi faut-il avancer”. On nous met sous les yeux une carotte qui avance en même temps que nous et qui ne nous laisse aucun répit. Reste que la qualité narrative du titre mérite à elle seule le détour, même si la fin risque d’en laisser quelques uns sur le carreau par sa noirceur et son horreur. Tant pis pour eux.

Pour terminer, le jeu se trimballe aussi un mode multijoueur pas inintéressant : un mode deathmatch où l’on affronte d’autres joueurs (un peu vide d’ailleurs) et un mode plus curieux et plus narratif, qui oppose des groupes de joueurs qui se battent pour leur survie. Si le premier est ultra classique, le second est assez réussi… même si, au fond, The Last of Us est avant tout un jeu solo. On appréciera l’effort, même si je n’y ai pas suffisamment joué pour juger objectivement.

TLoU - Bombe à clous

Belle aventure oui, mais pas forcément pour tout le monde. Le rythme du jeu sera sans doute votre pire ennemi ou votre meilleur ami. Lent, triste, sombre, The Last of Us ne ressemble pas vraiment à grand chose d’autre sur ce point. Et pendant les dix-quinze heures de jeu qui vous attendent, il faudra faire face à des séquences fades et particulièrement répétitives : de petits puzzles à base de planche de bois ou d’échelles, des séquences de fouille dans des décors en ruines, des morts quasiment instantanées pour le plaisir de faire peur, etc.

Selon votre capacité à supporter ces moments, et selon la quantité d’amour que vous portez aux personnages et à l’histoire, The Last of Us sera au pire un très bon jeu, au mieux un véritable chef d’œuvre qui vous laissera sur le carreau. Jouez-y. Ses qualités sont évidentes et marquent la fin d’une génération riche et en plein bouleversement… Et si le jeu n’est pas exempt de défauts, ils s’effaceront devant ses qualités.

On aime

• la technique, sans doute le must sur PS3
• le craft
• le design audio
• superbes décors, animations au top
• une fin qui secoue
• le mode survival du multi
• La qualité narrative

On aime moins

• l’histoire trop lente à démarrer et assez peu originale
• le mauvais équilibrage des ressources qui flingue la liberté d’approche
• des combats, des combats et encore des combats
• la faiblesse de l’IA

Un jeu de : Naughty Dog
Editeur : Sony Computer Entertainment.
Walkthrough : 10-15h
Date de sortie en France : 14 juin 2013
Support : Playstation 3
Prix : 60 €

Author: Le Yeti

Le Yéti est scénariste et narrative designer, a travaillé chez Ubisoft et chez Monkey Moon. Il a aussi co-écrit un article dans Les Cahiers du Jeu Video : Girl Power #4 (disponible aux éditions Pix ‘N Love). Retrouvez-le sur Twitter ou sur SensCritique.

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3 Comments

  1. Je reviens peut-être sur les fameuses plantes à récupérer : ce n’est pas si anormal que cela au fond. Il y a fort à parier que ces plantes, une fois transformées, donnent lieu à des médicaments par leurs propriétés, donc ces fameuses pilules qui augmentent certaines perfs de Joel.

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  2. Le début du jeu est extrêmement lent. Heureusement que le jeu se rattrape par la suite …

    Justement, dans les points négatifs, on retrouve ce « des combats ». Oui … Heureusement dans un sens que Joel et Ellie ne se contentent pas seulement d’explorer auquel cas le début du jeu serait l’ensemble du jeu.

    Quant à l’I.A., elle est assez inégale. En difficile, il suffit de marcher non baissé pour amener tout un tas de Claqueurs alors que, comme tu n’hésites pas à le souligner dans cette critique, tout compagnon n’est pas repérable.

    As-tu testé le mode survivant ?

    Post a Reply
    • Je n’ai pas joué en Survivor, je crois que le jeu m’a énormément ennuyé et enervé par moment. Je préfère garder en tête le souvenir de l’histoire plutôt que de me refaire le jeu 😀

      Post a Reply

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