Pourquoi je suis abonnée Premium chez Gamekult

Le mois dernier Gamekult a lancé sa version Premium et ce dans un simple but : financer le travail journalistique des rédacteurs du site sans se reposer sur la publicité.

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Mais comment en est-on arrivé là ?!
Parce que le site ne peut pas compter sur les revenus issus de la pub. D’abord parce que la publicité sur les sites internet, ça rapporte plus des masses de sous (merci Adblock mais aussi l’éffondrement du marché publicitaire en ligne) et ensuite parce qu’éthiquement c’est tendu quand la plupart des pubs sur les sites de jeux vidéo sont des pubs qui vantent des jeux vidéo. Dans ce cas, ça devient compliqué d’émettre des critiques sur un jeu quand celui-ci s’affiche sur toutes les pages du site : on risque de froisser l’éditeur qui justement paye pour afficher ces publicités (On se souvient de l’affaire Heavy Rain, justement sur Gamekult).
Ce n’est pas une surprise hein, on s’en doute que, quand un tiers paye pour faire vivre une rédaction de journalistes, il y a forcement un risque de censure ou même plus insidieusement d’autocensure (Coucou Le Figaro de monsieur Dassault !).

On a souvent accusé les sites internet d’être la raison de la disparition de la presse papier spécialisée dans le jeu vidéo.
La logique de “pourquoi acheter un magazine alors que je peux trouver la même info gratuitement sur internet” est probablement l’origine du mal qui a laissé la presse jeu vidéo moribonde il y a quelques années, avec les décès des Joystick, PC jeux, Console +, IG Mag, etc.
Mais on assiste depuis un peu plus d’un an à la renaissance d’une presse d’analyse qui privilégie le contenu et l’analyse au scoop, aux exclusivité et à la news plus ou moins fraîche (oui, quand ton titre est un mensuel, faire de la news fraiche, c’est compliqué).
Et “étrangement”, on dirait que ça marche pas mal, comme si le lecteur avait envie qu’on cesse de le prendre pour un neuneu et qu’on parle à son cerveau… Ce bon vieux Canard PC, précurseur du genre, a fêté ses 10 ans, JV le Mag et Games ont passé le cap des un an en fin d’année dernière, prouvant ainsi qu’il existe un lectorat qui a envie d’autre chose que de news racoleuses, de condensés de communiqués de presse relayés sans autre analyse et de longs papiers qui encensent le dernier blockbuster sorti.

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Car c’est peu ou prou ce qui est en train d’arriver aux sites internet aujourd’hui.
Webedia a racheté JeuxVideo.com 90 millions d’euros non pas pour leur fines analyses ou leur ligne éditorial tranchée mais pour leur énorme lectorat (le temps de cerveau dispnible quoi).
Sauf que chez Webedia, leur but dans la vie c’est pas vraiment de faire de l’info, mais de faire du clic… regardez la multiplication d’article à base de “top 10” sur Allociné ou les autres sites que Webedia a racheté
Chez Webedia on ne fait pas de l’information, on fait du divertissement. Youpi ! (et on le vit bien, merci pour eux).
Et à moindre coût hein, quitte à presser le citron jusqu’à ce qu’il vous pète à la gueule.

Bref, la “presse web” à son tour va mal et peine à se financer.
Et la solution, elle finit par être évidente : produire du contenu de qualité, ça coute de l’argent, et depuis que la pub ne paie plus, il va bien falloir que quelqu’un paye, et de préférence celui qui consomme.
Ça parait fou d’appliquer ce modèle au web parce que tout y est dématérialisé mais paradoxalement personne ne se pose la question pour un magazine ou un bouquin (quoi que…).
Mais Arrêt sur Image et Mediapart ont montré la voie, si le lecteur veut du contenu de qualité, une absence de censure ou de conflit d’intérêt, il faut mettre la main au portefeuille.

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Et honnêtement, il y a encore quelques années, j’aurai crié au scandale, à l’internet à deux vitesses (ceux qui ont les moyens/les autres), a une incursion massive du libéralisme sur mon réseau, etc. Mais franchement, soyons réalistes : le scandale, ce sont ces articles sans fond qui nous font marrer mais pas trop réfléchir ; le grand méchant libéralisme, il est déjà à l’œuvre dans tous ces liens qui commence par “vous n’allez jamais croire ce qui est arrivé après” et finalement, la seule façon d’inverser la tendance, de tenir encore un peu la barre, c’est de mettre la main au portefeuille.
Je ne lis pas souvent Gamekult (qui, entendons nous bien, n’est pas parfait de toute façon) mais quand je le fais, c’est plus souvent pour m’intéresser aux articles de fond qu’aux tests. Ca tombe bien, les articles exclusifs aux comptes prémium sont majoritairement des dossiers de fond.
Et comme je pense que j’aurai un peu de mal à dormir la nuit si des sites comme celui-là disparaissaient, sachant qu’il ne me resterait le choix qu’entre JeuxVideo.com et Gameblog, pour 40€ par an, je me suis achetée une conscience ; l’assurance que désormais, si je veux lire de la qualité, je suis certaine qu’il restera un site où en trouver. Et la petite cerise sur le gateau c’est qu’à ce prix là, je vais en plus de tout ça recevoir un chouette magazine papier (Games) que je vais pouvoir lire dans mes toilettes.
Alors que demander de plus ?shut-up-and-take-my-money

Pour aller plus loin :

Author: Diraen

Pour maîtriser un peu mieux le concept de la Diraen (qui se prononce « dira haine »), il faut considérer que je suis maintenant une femme de 40 ans, qui aime tellement les jeux vidéo qu'elle travaille désormais à leur production et qui raconte sa vie ici, plus ou moins régulièrement, depuis plus de 15 ans.

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