[Critique] Prisoners – Denis Villeneuve

Si vous avez vu les affiches de Prisoners un peu partout et que, comme moi, vous avez pensé en y lisant les citations dithyrambiques avec superlatifs à gogo : « Mouais, on verra ce que ça donne », eh bien vous pouvez ranger votre air sceptique !
Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas vu un thriller me tenir autant en haleine, avec de bons acteurs, une belle réalisation ET subtile (si, si !), sans compter une jolie petite dose de testostérone, pour nous, qui aimons les hommes.

Dans la banlieue de Boston, qui décidément ne donne franchement pas envie, deux familles très unies fêtent Thanksgiving ensemble. Tout va bien, on rigole, on se goinfre, quand soudain…les deux petites des deux familles décident d’aller dehors toute seule (alors qu’on leur a bien dit de se faire accompagner par leurs grand frère et sœur, les sales gosses !). Au bout de quelques temps et recherches, les parents doivent se rendre à l’évidence : elles ont disparu.

Affiche du film

Le film dure 2h30. Je vous avoue que je l’ai découvert en regardant la fiche du film, car on ne les sent absolument pas passer. On en redemanderait presque, mais seulement presque : mon dos commençait à souffrir de ma position recroquevillée sous l’effet du stress…

Je vais encore vous dire de ne pas regarder la bande-annonce en entier, arrêtez-vous à la première minute qui pose la situation et ça suffira. Le reste dévoile beaucoup trop de choses qui pourraient vous mettre la puce à l’oreille et ce serait vraiment dommage car c’est une des forces du film ; le suspense est entretenu jusqu’au bout.
Le réalisateur parvient à nous faire vivre l’enquête exactement comme le vivent les parents et l’inspecteur. Je sais, ça paraît banal mais rares sont les films qui ne nous mettent pas d’énormes indices sous le nez, au point qu’on finit par avoir envie de crier à l’écran « Mais gros débile, t’as un indice juste LÀ !! ».
Ici, et c’est terriblement bien fait, on se retrouve véritablement aussi désemparé que les parents qui ont perdu leurs enfants.  Et au fur et à mesure que l’intrigue se dévoile, on passe par toutes les couleurs, on pense qu’on a compris, mais en fait non…Bref, c’est un bon thriller.

Quant à la réalisation, je remercie le réalisateur de nous avoir épargné scènes de violence gratuites et autre voyeurisme. L’ambiance est suffisamment tendue pour qu’on n’ait pas besoin de voir du « superflu ».

Le détective interroge une des familles dont un enfant a disparu

Le réalisateur choisit dans sa narration le point de vue des familles, permettant ainsi de montrer les différentes réactions possibles.
Dans l’une des deux familles, on préfère laisser la police faire son travail. Dans l’autre, la mère (Maria Bello) tombe en dépression totale et le père (Hugh Jackman) décide de prendre les choses en main. Il s’agit ici du personnage le plus intéressant du film. On le présente dès le départ comme un homme très droit, religieux, dont la philosophie de la vie se résume à « être toujours prêt », un homme assez dur. La place du père (de l’homme) est marquée dans cette famille, il demande régulièrement à son fils « d’être un homme »,  il n’a de cesse de répéter que sa petite fille attend qu’il vienne la sauver et dans une scène, sa femme lui reproche de ne pas avoir su protéger leur famille. Je ne parlerais donc pas de structure familiale machiste car il n’y a pas de rapport de force de l’homme sur la femme, mais plutôt patriarcale. Le père protège, le père apporte l’argent, le père agit.

Le spectateur assiste à l’évolution de l’attitude du père face à la situation, son manque de confiance en la police (précisons qu’il a une légère tendance à la paranoïa : il a quand même une cave remplie de vivres et de matériel « au cas où ») et ainsi jusqu’où son désir, son besoin d’agir va le porter. Et c’est plutôt effrayant.
Rien de manichéen ici, les gentils ont leur part de méchanceté, de folie et les méchants leur part de gentillesse…et de folie aussi. Oui, vraiment cela fait du bien de ne pas être pris pour des imbéciles et les questions posées sont intéressantes (qui serait capable de prévoir sa réaction dans une telle situation ?).

Un des pères de famille dont la petite fille a disparu

Les acteurs sont simplement parfaits de justesse. Tous, sauf peut-être Terrence Howard, qui se maintient mais qui, je pense, n’a pas l’habitude de jouer ce type d’émotions ; laissons-lui un peu de pratique. Effectivement, Hugh Jackman joue très bien, mais en soi, ce n’est pas une révélation ; à partir du moment où il n’est pas dans une bouse, c’est un très bon acteur. Et quel charisme (je ne parle pas de son charme, il fait plutôt peur dans ce film, mais bien de sa présence à l’écran) ! Paul Dano est parfait en suspect à l’esprit légèrement dérangé. Rien ne transparaît de lui, on n’arrive absolument pas à le lire. Je suis étonnée qu’on n’ait pas plus exploité son physique atypique aux États-Unis pour ce genre de rôle un peu creepy, d’ailleurs. Et Jake Gyllenhaal nous campe le détective solitaire qui essaie de faire son boulot tant bien que mal.
Un casting sans faute, donc.

Si vous êtes amateurs de bons thrillers, allez-y les amis, vous ne le regretterez pas. Et si vous le regrettez, venez me le dire pour qu’on en discute !

Un film de : Denis Villeneuve
Pays d’origine : États-Unis
Avec : Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Viola Davis, Paul Dano, Terrence Howard, Melissa Leo
Durée : 2h33
Date de sortie en France : 9 octobre 2013
Vu en : V.O.S.T
Voir la bande-annonce

Author: Tatoe

Tatoe est une rousse cinéphile, collègue et consœur de Diraen et qui publiera essentiellement des critiques ciné - même si elle essaie secrètement de convaincre Diraen de la laisser faire des critiques musique sur ce blog (tout en pensant qu'en vrai elle serait infoutue de mettre des mots sur ce que la musique peut lui faire ressentir).

Share This Post On

Et vous, votre avis ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.