[Critique] The Tree Of Life – Terrence Malick

Je ne sais toujours pas si oui ou non j’ai aimé The Tree of Life.
Ce serait plus facile à définir si l’œuvre de Terrence Malick avait été un film classique. Si ça avait été un film tout court d’ailleurs… Car pour moi, il s’agit plus d’une expérience cinématographique, une œuvre d’art audiovisuelle qu’autre chose ; un ovni sensoriel qui a fini par me plonger dans un état proche de l’hystérie.
Et pourtant, tout avait si bien commencé.

Des plans magnifiques, une photo que je qualifierais de lumineuse. Des mouvements de caméra magiques qui vous font vous sentir léger comme une plume, des acteurs filmés au plus près, comme si l’on voulait pénétrer leurs âmes, un drame qui se dessine et puis soudain, tout bascule dans l’étrange quand vient le moment nommé « 2001, Odyssée de l’espace » par certains.
Sean Penn se souvient de la genèse de sa famille et Malick joue l’analogie du « vide du départ ».
Je commence sérieusement à piquer du nez.

Image du film - Le cosmos
Devant mes paupières difficilement entrouvertes s’enchaînent alors de magnifiques images de galaxie, du cosmos, de planètes, d’explosions solaires.
C’est beau comme National Géographique.
Sauf qu’à un moment, je ne comprends plus le rapport : la création de la  bactérie, écho à la mitose intra-utérine, euh…ok ; le poisson sortant de l’eau avec ses p’tites pattes toutes neuves, métaphore du fœtus ou du couple qui mute en famille, pourquoi pas… Mais les dinosaures qui s’écrabouillent la tronche entre eux, non.
Alors on peut tenter de voir ça comme un miroir  à ce qui habite la nature et par extension, les rapports humains, c’est-à-dire la loi du plus fort, la domination du plus faible, mais là on approche la pure masturbation intellectuelle.
Du coup, je me rendors.

Image du film - Un bébé en très gros plan
Et je ne me réveille que pour la naissance et le début de « la vie ».
Malick filme sa famille par le biais de courtes séquences, presque par flashs.
Comme des souvenirs d’enfant.
Avec la grâce et la beauté de la nostalgie. Tout n’est que nature verdoyante, soleil chatoyant, amour maternel rayonnant, présence paternelle vaguement rassurante.
Le temps passe, la famille s’agrandit, tout le monde est heureux.
Moi la première.
L’enfance c’est magique et tout est beau.
Je me vautre allègrement dans ces poncifs angélistes, en grande nostalgique que je suis, adepte de « trouve autour de toi quelque chose qui te fasse du bien, tout est une question de point de vue ».
Cette parte du film est magnifiquement habitée par Jessica Chastain, en mère épanouie, légère et lumineuse. Il m’a suffit de faire abstraction de toutes ces voix off s’adressant régulièrement à Dieu. Voix off incessantes Que j’ai mis sur le compte de « l’Amérique des années 50 où la religion est un pilier social central » et j’ai continué à prendre mon pied.

Image du film - Un tournesol
Puis le personnage de Sean Penn grandit jusqu’à devenir un préado qui développe une forte rancœur pour son paternel. Alors oui le personnage de Brad Pitt est du type psychorigide relou mais pas suffisamment pour justifier cette haine  immodérée. En tout cas, pas dans ce que nous laisse voir les flashs que Malick a choisi de mettre à l’écran.
Et ce ne sont pas les très « subtiles » enchaînements de séquences « Papa psychorigide : maman parfois triste » / « Papa pas là : maman rayonnante » censées, j’imagine, justifier le complexe d’Œdipe, qui donnent d’avantage corps à cette haine perpétuelle qui finit pas s’étendre à tout ce qui entoure le gamin.

Et là, l’enfer commence.
Sans déconner (je sais, je suis vulgaire), mais là où on l’on s’était habitué à des  séquences de vie sans logique et sans lien, pas vraiment désagréables, on se retrouve subitement coincé dans la tête d’un môme de 12 ans (j’ai déjà donné et ça ira, merci) sans doute dirigé par ses premières pulsions hormonales… Le souci, c’est que ces poussées ne sont pas rationnelles, ni sensorielles donc intraduisibles à l’écran. Donc, on tombe dans le chiant. Des séquences toujours courtes mais plus rapprochées et toujours sur fond de haine paternelle.
C’est lourd.
Surtout que là, on est parti pour une heure dix d’oppression dépourvue de tout intérêt, mais ça, on ne le sais pas encore.
A partir de ce moment, je n’attendais plus qu’un seul truc, que tout se bordel se termine. Et j’ai attendu, attendu.
J’ai vaguement repris un peu de plaisir vers la fin de cette crise d’ado horriblement chiante. Quand la sérénité revient.
Sauf que… Sauf que soudain Sean Penn sort de son building et se prend un merveilleux trip d’acide. C’est la seule explication que j’ai trouvé à ce qui a suivi.

Image du film - Sean Penn sur une plage, au crépuscul
Car soudain on se retrouve sur une plage avec des gens. Plein de gens. Sa famille qui n’a pas pris une ride, lui enfant, et le retour de la lumière et des sourires qui, étrangement, hors contexte font limite flipper par leur manque de naturel.
Bon, ce gros « what the fuck » ressemble à une fin, ça me convient parfaitement.

Mais que nenni, ça ne se finit pas. Maintenant c’est la métaphore religieuse d’une mère éplorée par la perte de son fils qui murmure telle une sainte « je te donne mon fils ».
Alors honnêtement, à cet instant, quelque soit la métaphore, que la mère s’adresse à dieu, à sa future bru ou au réalisateur, je n’en ai rien à foutre, je veux juste rentrer chez moi.
Alors quand, à l’écran, s’affiche LA grotte, une image déjà vue au début du film, je me rends compte que mon corps est prit de spasmes : je suis morte de rire et en même temps, mes joues sont humides : je pleure.
Ah ben oui, c’est ça… Une crise d’hystérie.
Ce film n’allait jamais se finir, j’allais rester là pour toujours. A regarder des photos de la NASA et à entendre des gens monologuer avec Dieu.
J’étais morte et là, j’étais en enfer.

Et puis non, générique, cavalcade vers la sortie, ouf de l’air, je suis vivante.
Évidemment, je suis sortie avec une seule phrase en boucle dans le crâne « ce film est une purge ».
Aujourd’hui, avec le recule, je me dis que la première partie du film est bonne, mais franchement, 2h20, ce n’est pas une erreur, c’est de la cruauté envers les spectateurs. Et ça, c’est impardonnable.

Image du film - Brad Pitt jouant du piano
Pour les archives, Brad Pitt est pas mal, pour le peu de latitude de jeu que ce rôle de père rigide et introverti  lui laisse (« sers les dents  et  fais la gueule, t’es super Brad »).
Entre nous, il est plus touchant quand il sourit hein.
Sean Penn, lui, ne semble même pas là. Perdu dans ses souvenirs ? Peut-être. Ou juste, comme le spectateur perdu dans ce gros bordel, se demandant encore ce qu’il fait là.
Les enfants sont justes, tellement justes que celui qui joue Penn enfant m’a donné envie de le claquer à l’envie.
Mais pour moi, la grande révélation c’est Jessica Chastain, tour à tour rayonnante ou inquiète, mais toujours habitée.

En tout cas, je ne vous remercie pas M. Malick. Pas du tout.
PS : merci de me rendre 2H20 de ma vie au plus vite.

Author: Diraen

Pour maîtriser un peu mieux le concept de la Diraen (qui se prononce « dira haine »), il faut considérer que je suis maintenant une femme de 40 ans, qui aime tellement les jeux vidéo qu'elle travaille désormais à leur production et qui raconte sa vie ici, plus ou moins régulièrement, depuis plus de 15 ans.

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