[Critique] DRIVE – Nicolas Winding Refn

Attention ! Âmes sensibles s’abstenir !
Maman, Cécile, si vous me lisez, ce film a beau être magnifique, il n’est pas pour vous !

Voilà, ça, c’est fait (c’était à faire).
Affiche
Drive n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais. Contrairement à une certaine Américaine, je ne m’attendais certes pas à un Fast and Furious ; le film avait quand même reçu la palme du meilleur réalisateur à Cannes. Je suis cependant d’accord avec elle, la bande-annonce ne rendait en rien l’ambiance du film selon moi. Sûrement pour qu’il se vende mieux d’ailleurs…
Difficile d’en parler sans trop en dire, et croyez-moi, on y gagne vraiment à ne pas regarder la bande-annonce qui, encore une fois raconte tout le film (mais réellement, du début à la fin !). Je dirais donc simplement que le film suit un cascadeur automobile qui offre ses services de conducteur hors-pair la nuit, aux cambrioleurs en tout genre.

Tout comme le personnage principal, le réalisateur ne s’embarrasse pas du superflu : les dialogues sont brefs, le film est cru et incroyablement beau. Pour un film de « voiture » ça surprend. Le débat reste entier quant à savoir si c’est réellement un film de voiture d’ailleurs…(mais est-ce que ce débat est vraiment intéressant ?).

Si vous aimez les films de Woody Allen parce que vous aimez être abreuvé de dialogues, passez votre chemin. Dans Drive, on économise sa salive, la moindre situation n’est pas explicitée et les scènes ne durent pas plus qu’il ne faut. Dans Drive, le réalisateur parvient à faire d’une scène de dialogues terriblement banals (« que fais-tu dans la vie ? »), un moment incroyablement sensuel. La scène est pleine de silences et de sourires, mais grâce à ces acteurs incroyablement charismatiques, cela suffit.

Les deux personnages principaux font connaissance
Curieux de retrouver Ryan Gosling dans un rôle de personnage bourru, face à une actrice (la charmante et bien plus, Carey Mulligan) souvent comparée à Michelle Wiliiams, sa partenaire dans Blue Valentine.
Voilà d’ailleurs le Ryan Gosling que l’on aime ! Jouer les minets (comme dans Crazy Stupid Love) lui va si mal, il y perd tout son charme et son épaisseur.
Ici, il a parfois une légère tendance à faire peur, la caméra n’épargne pas son strabisme et ne filme pas toujours son meilleur profil…mais Dieu qu’il est d’autant plus beau ! Je précise que je n’emploie pas le terme « beau » uniquement comme la midinette que je suis face à M. Gosling : je veux aussi parler de beauté en terme de photogénie et de talent.
Le personnage qu’il joue ici – et qui demeurera sans nom durant tout le film – parle peu (l’aurais-je déjà dit ?), tient à ce que les choses soient claires avec ses « clients », ne s’embarrasse pas de détails et ne laisse pas une situation s’embourber. Il va d’ailleurs tout naturellement passer toute la deuxième partie du film à se balader la veste tachée de sang. Cette belle veste en cuir argentée (dorée ?) ornée d’un scorpion en son dos et tout droit sortie des années 80 !

Le personnage principal est de dos, appuyé contre une fenêtre et l’on peut voir le scorpion dans le dos de sa veste
Et cette police rose qui fait furieusement penser à un mélange entre celle de Cocktail et de Dirty Dancing…Sans parler de la musique, certes actuelle, mais qui emprunte nettement aux années 80.

On ne sait pas très bien ce que ces clins d’œil nostalgiques font là, mais peu importe : ça fonctionne !
M. Refn a tout compris et frappe en plein dans le mille : les années 80 n’ont jamais été autant à la mode ; les acteurs, tous fantastiques, sont « à la mode » dans le bon sens du terme,  y compris les seconds rôles souvent issus de séries télé.

Un personnage féminin secondaire, jouée par Christina Hendricks, une actrice de la série Mad Men
Le ton efficace et sobre permet à des scènes plus stylisées, utilisant le ralenti et jouant sur les lumières, d’exister sans que jamais la réalisation sombre dans le maniéré ou le snobisme.
Les scènes de violence sont assez dures et le réalisateur s’amuse à en tourner certaines sur fond d’opéra et en faisant preuve d’un lyrisme surprenant. La scène où le « Driver » défonce (il n’y a pas d’autres mots) avec une violence inouïe à coups de pieds la tête d’un tueur, sur fond de bruitages de craquements d’os à faire détourner le regard de dégoût (alors qu’on ne voit rien) est particulièrement marquante.
La lumière, notamment, est toujours savamment utilisée. Dans la scène nocturne sur la plage – toute en tension – le réalisateur joue avec les lumières alentour du décor ; elles dansent en frappant régulièrement la caméra et le spectateur se retrouve alors à cligner des yeux. Comme s’il y assistait de loin, sans réellement pouvoir la regarder.

En conclusion, ce film est pour moi une totale réussite. J’en suis ressortie habitée et pas totalement indemne.
En espérant que ce M. Refn fera d’autres films que je pourrai voir (je doute avoir les nerfs nécessaires pour ses précédents).

Ah, et une dernière chose qui est assez rare pour que je le souligne : bravo à vous, Didier Ruiller, pour vos sous-titres français ! Enfin des sous-titres qui n’empestent pas la traduction et qui collent parfaitement à l’esprit du film sans en faire trop dans les jurons, sans chercher à coller absolument aux dialogues mais plutôt à bien transmettre le sentiment général des scènes.
Merci donc à vous d’avoir prolongé le plaisir du film !

Un film de : Nicolas Winding Refn
Pays d’origine: États-Unis
Avec : Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston
Durée : 1h 40min
Date de sortie France : 5 octobre 2011
Vu en :VOST

Author: Tatoe

Tatoe est une rousse cinéphile, collègue et consœur de Diraen et qui publiera essentiellement des critiques ciné - même si elle essaie secrètement de convaincre Diraen de la laisser faire des critiques musique sur ce blog (tout en pensant qu'en vrai elle serait infoutue de mettre des mots sur ce que la musique peut lui faire ressentir).

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